Tout cela serait une manipulation du FN, etc. Personnellement, j’y vois plutôt le ras-le-bol de fonctionnaires envoyés vider les écuries de Gorgias de la République (non, ce n’est pas une erreur de nom d’Augias, je vous renvoie à l’histoire des philosophes présocratiques), sans moyen, alors que le pouvoir politique a choisi de réprimer violemment les différents mouvements de contestation politiques, au lieu de faire son travail.
Oui, régler les questions au niveau politique, c’est de la responsabilité des politiques. Enfin, ceux qui font leur travail, ceux qui ont le courage de le faire, de l’expliquer et de tirer les conséquences des critiques exprimées par le public au lieu d’envoyer la cavalerie. (Je veux dire, autrement que par voie d’affirmations démagogiques à la schtroumpfissime alors qu’une partie de la population n’a tout simplement pas le loisir de s’informer correctement, à la fois en raison de la déliquescence des médias français et parce que la vie est devenue tellement dure que leur seul horizon est la survie journalière).
Précisons que personne ne peut soutenir le fait de brûler vif des gens, fussent-ils policiers, même à titre de réaction contre les manquements qui peuvent être reprochés à nos fonctionnaires. Et puis je ne vois pas bien comment quelqu’un qui balance un engin incendiaire peut s’assurer que sa victime coincée dans sa bagnole est bien le connard raciste qui s’amuse à contrôler 100 par jour l’identité des jeunes de cité. Donc rien à voir.
Mais ce fait divers crapuleux ne doit pas occulter la réaction de l’opinion publique, témoin de nombreux abus, largement commandités par le pouvoir politique, et qui commence à trouver que la police, « sa » police, est plus souvent là pour l’empêcher d’entarter un ministre que pour arrêter les incendiaires de voiture. Ni dissimuler la surprise de ces fonctionnaires, qui n’ont apparemment pas eu conscience de leur rôle de contrôle social grandissant. Or les fonctionnaires en question ont signé pour protéger la population, attraper les voleurs, etc. donc jouer le rôle du « gentil ». Pas pour servir de bouclier humain entre la démission de notre pouvoir politique et la population. Mais, de fait?
Se pose alors la question de savoir comment la police pourrait refuser de jouer le rôle que le politique lui assigne, de persécution des populations fragiles et des contestataires, parfois avec des arrières-pensées des années trente, pour se recentrer sur son rôle classique de protection et d’assistance (qu’on se rappelle janvier 2015). Cela, alors que la fonction ne leur accorde même pas le droit de grève? Ni celui de manifester? et que leurs institutions syndicales sont dans le même état de décrépitudes que leurs locaux?
Ha mais aujourd’hui, ils manifestent! (et c’est bien compréhensible). Aussi paradoxal que cela paraisse, leur contestation devrait rejoindre celles de la population. Je suppose que si c’est un flic qui porte le drapeau noir en tête de cortège, il aura plus de chance de ne pas se faire matraquer 🙂 Maintenant, si ces manifestations pouvaient se faire dans le cadre républicain, avec les participations de la société civile, l’accusation de coup de force et la crainte de violences racistes seraient irrévocablement écartées.