ou l’art de faire payer ses défections au client.
J’ai déjà dit tout le mal que je pensais du compostage, opération inutile, dont nos voisins allemands se passent très bien. Il faut dire qu’en matière d’organisation, la Deutsche Bahn a quand même un certain nombre de choses à apprendre aux zigotos qui président aux destinées de notre compagnie de chemin de fer. Outre le compostage, je citerai simplement le « Schön-Wochenende-Ticket« , et le site internet de la DB, devenu le radeau de secours des malheureux naufragés du site de la SNCF.
Il faudrait sans doute une révolution pour que notre compagnie nationale se résolve à remettre en question le système imbécile du compostage qui impose au client de trouver une machine pour y glisser son billet afin de le faire tamponner pour que le contrôleur puisse ensuite vérifier l’existence d’un billet de train ET de l’existence de cette écriture. Bien sûr, cela permet de coller une amende à tout client qui bien que doté d’un billet de train n’aurait pu trouver de machine en état de fonctionnement ou n’aurait tout simplement pas eu le temps de procéder à cette opération. En réalité, quand on y réfléchit, le compostage est une façon de valoriser le bon père de famille, celui qui prend son temps, arrive une demi-heure en avance à la gare et trouve normal de se soumettre au diktat d’une entreprise privée en visitant trois appareils de suite pour en trouver un qui fonctionne, parce que le règlement exige d’avoir un billet composté. Mais ce qui valait au 19e siècle devrait être remisé dans les livres d’Histoire dès lors que cela ne correspond plus aux nécessités de la vie contemporaine.
Un autre inconvénient de ce racket réglementaire apparaît lorsque le contrôleur ne parvient pas à déceler la trace du compostage sur votre billet. Pourtant, vous avez opéré selon les règles, entendu le petit bip satisfactoire et vu la petite lumière verte qui venait vous récompenser de vos efforts pour introduire cette saloperie de bout de papier dans le « bon » sens après trois tentatives. Votre air totalement ahuri convainc le contrôleur de votre bonne foi. Mais il vous fait cependant remarquer que c’est à vous à vous assurez qu’il y a encore de l’encre dans la machine et que le sceau SNCFien a bien été apposé. A défaut de quoi, pour peu que vous ayiez affaire à un contrôleur grognon (ce qui n’était pas le cas en l’espèce, Dieu merci, les contrôleurs du TER Alsace sont tout-à-fait urbains), le défaut de cette mention substantielle vous eût valu la mise à l’amende. Voulant éviter cette mésaventure à mes contemporains, j’ai tenté d’indiquer au contrôleur l’appareil en question, mais il m’a été répondu qu’il m’appartenait de contacter la gare en question. Mes engagements de ce week-end ne m’en laisseront pas le loisir. Donc si un membre de la SNCF prend le temps de lire ceci, qu’il sache que le premier appareil en venant du hall central de la Gare de Strasbourg placé sur le côté droit n’a plus d’encre.
Non seulement la SNCF impose sans contrepartie à ses clients une formalité inutile et chronophage, mais en plus elle les pénalise lorsque le matériel affecté à cette tâche ne fonctionne pas. Et j’imagine aussi que l’achat et l’entretien dudit matériel sont dûment reportés sur le prix du billet de train, ce qui revient à payer pour se faire emmerder. Je ne pense pas qu’il y ait mauvaise foi de la part de la SNCF qui piégerait ainsi ses appareils afin de pouvoir mettre à l’amende les clients trop confiants. Non, il s’agit simplement d’une absence totale de remise en cause d’un système qui a dû avoir son utilité au 19e siècle, mais qui l’a perdu depuis bien longtemps pour ne plus représenter aujourd’hui qu’un désagrément gratuit, à classer dans la même catégorie que le démarchage téléphonique indésirable et la publicité invasive de boite aux lettres.
Un adage indique que si l’erreur est humaine, la persistance dans l’erreur est diabolique. Aussi je dis non à cette imbécilité en bande organisée et je demande la suppression du compostage sur tout le territoire français (Je pourrais me satisfaire de voir l’Alsace-Moselle servir de territoire pilote pour un essai expérimental).