Michael Gutnic, élu au CA de l’UdS, démissionne pour les raisons ci-dessous.
Chères et chers collègues,
j’ai pris la décision de mettre fin à mon mandat d’administrateur de l’Université de
Strasbourg lors du congrès sur les orientations budgétaires qui s’est déroulé avant-hier,
même si je ne renonce pas à mon engagement qui ne s’exercera simplement plus à
l’intérieur du CA.. Élu lors des élections générales de décembre 2008 sur les listes
/Agir Ensemble pour une Université Démocratique/, je souhaitais expliquer les raisons de
ce geste à tous les collègues.
Un important Congrès sur les finances de l’Université de Strasbourg s’est en effet tenu
ce mardi 28 juin. Il fut l’occasion de dénoncer l’incurie de l’Etat par le vote très
majoritaire d’une motion présentée par notre intersyndicale /Agir Ensemble pour une
Université Démocratique/ exigeant que l’Etat tienne ses engagements financiers et
restitue à notre établissement les millions d’euros qu’il lui doit.
Après 5 ans de mandat d’administrateur, dont la moitié passée au service de la nouvelle
UdS fusionnée, j’ai voulu dénoncer ce désengagement inacceptable de l’Etat et apporter
mon soutien à cette motion en présentant ma démission du Conseil d’administration de
l’Université de Strasbourg. Ce ne fut pas une décision facile à prendre et je ne renonce
d’ailleurs pas à mon engagement pour les collègues et les étudiants de l’université. Mais
l’attitude de la présidence de l’UdS lors de ce congrès n’a fait que me conforter dans ce
choix pour dénoncer une situation devenue intenable.
La politique gouvernementale qui est en train de déstructurer l’enseignement supérieur et
la recherche françaises doit être dénoncée avec force. Le geste politique de cette
démission est le seul moyen qu’un administrateur engagé ait trouvé pour le faire.
Les multiples réformes imposées par le gouvernement depuis quatre ans ont
considérablement dégradé les conditions de travail des personnels des universités et des
organismes de recherche, aussi bien que les conditions d’études des étudiants.
La politique du ministère favorisant le tout financement sur projet — pacte pour la
recherche, ANR, plan Campus, politique dite « d’excellence »… — a poussé les
universités et les collègues à la mendicité et à l’individualisme.
La collégialité a presque disparu des universités et la démocratie est constamment
bafouée par les nouveaux modes de gouvernance parallèles — conseils d’administration à
la mode LRU réduits à de simples chambres d’enregistrement et trop souvent contournés,
autres conseils réduits à un rôle consultatif, mise en place des fondations, groupes de
pilotage opaques et resserrés.
Résignation, complicité ou servilité, ou bien simple instinct de survie, la majorité des
collègues ont accepté la situation. Certains tentent de résister mais se font laminer par
le système ou abandonnent par lassitude. D’autres en profitent à plein et s’engagent en
fait « pour aller à la soupe » de la performance, de l’excellence ou tout simplement des
primes.
La plupart tentent de « faire tourner la boutique » avec les moyens du bord. Les charges
sur les chercheurs et enseignants-chercheurs se multiplient et les personnels
administratifs et techniques n’en peuvent plus d’accumuler les heures supplémentaires
pour traiter les dossiers et palier en vain à la sous-administration criante comme à la
désorganisation des services dont on ne sait plus qui en est le principal responsable, ou
la politique gouvernementale, ou la gestion locale.
Nos universités sont devenues en très peu de temps des entreprises gigantesques qui ont
perdu leur humanité.
A Strasbourg, on nous vendait en 2008 la fusion des trois universités et l’intégration de
l’IUFM comme la chance d’être plus fort, plus grand, plus visible à l’international. Un
projet d’établissement bien mal ficelé avec l’appui de cabinets de consultance à la
compétence douteuse et dont on s’interroge sur la valeur ajoutée, annonçait pourtant la
plupart des graves problèmes qu’a rencontrés l’UdS depuis deux ans.
L’Université de Strasbourg avait alors cherché à être le bon élève de la classe. Si elle
a cru un temps que le ministère accompagnerait le « bon élève » de l’excellence, force
est de constater que même ici, l’Etat ne tient en rien ses engagements, laissant notre
université comme bien d’autres établissements au bord de l’asphyxie. Les promesses de la
Ministre n’ont pas été tenues.
Je démissionne donc pour dénoncer le mensonge d’Etat sur l’enseignement supérieur et la
recherche. Mais je compte bien rester mobilisé et je garde espoir que la communauté
universitaire et les étudiants ne sombreront pas dans la résignation et continueront de
se battre pour défendre ce qu’il reste de nos biens les plus précieux : le service
public, la collégialité, le droit aux études et la liberté de la recherche.
Michaël Gutnic
Maître de conférence à l’Université de Strasbourg
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Dr Michaël Gutnic
Maître de conférences / Assistant professor
Institut de Recherche Mathématique Avancée (IRMA, UMR 7501)
Université de Strasbourg